Genève - Israël intensifie les exécutions extrajudiciaires dans les territoires palestiniens, alarme l’Observatoire Euro-Med pour les Droits de l’Homme. Les forces israéliennes utilisent leurs armes à feu contre certains civils qui ne représentent aucun danger et qui pourraient être détenus.

Des enregistrements de vidéo surveillance de la station ferroviaire de la ville d'Afula montrent le peu d’importance que portent  les soldats israéliens à la vie puisqu’on les voit tirer sur une jeune femme palestinienne, de nationalité israélienne, sous prétexte qu’elle aurait tenté d’agresser au couteau un agent de surveillance de la station. Toutefois, les images démontrent clairement que la jeune femme n’a tenté d’attaquer personne.

 Des témoins ont déclaré à l’équipe d’Euro-Med que Israa Abed, 29 ans, était terrifiée lorsqu’elle s’est retrouvée entourée par des soldats israéliens qui pointaient leurs armes sur elle. Les soldats lui ont crié d’enlever  son voile et de jeter son sac. La jeune femme a refusé d’enlever son voile mais a levé les mains et a imploré les soldats de ne pas tirer.

   Une camera de vidéo surveillance a enregistré l’incident mais les autorités ont refusé de la rendre publique, ce qui aurait confirmé le fait que la victime ne présentait aucun danger avant d’être abattue   

 

« Même si la jeune femme avait tenté d’attaquer quelqu’un, les agents de police pouvait l’arrêter au lieu de tirer sur elle quatre balles réelles, » affirme Ihsan Adel, conseiller juridique d’Euro-Med.

Un autre incident a eu lieu avec un agent de police israélien qui a tiré sur Thaer Abughazaleh, de Jérusalem, après qu’il ait attaqué avec un couteau un soldat israélien et trois autres personnes, causant des blessures mineures. La police a déclaré plus tard que la victime avait été tuée alors qu’elle était poursuivie par les soldats israéliens. Toutefois, les photos démontrent que le jeune homme a été visé dans la tête, ce qui suggère qu’il a été tué délibérément.

Le 4 octobre, les forces de police ont tué Fadi Samir Moustapha Elwan, 19 ans, un habitant du village Issawiya, près de Jérusalem, sous le prétexte qu’il avait agressé un enfant juif âgé de 15 ans. Les témoins oculaires ont dit qu’un groupe de colons israéliens ont pris à parti Fadi alors qu’il marchait dans le quartier de Masrara, à Jérusalem. Au même moment, les colons israéliens s’étaient rassemblés pour protester contre la mort de deux d’entre eux dans la matinée. Apparemment, lorsque les colons ont vu Fadi, ils ont tenté de l’attaquer et il a dû fuir vers la rue Haim Barlev. Une voiture de police israélienne est arrivée sur les lieux et aurait tiré sept coups de feu sur le jeune homme. En fait, des enregistrements vidéo publiés sur des sites israéliens montrent que les colons israéliens avaient poursuivi et attaqué Fadi dans la zone d’Almasserah avant de le battre à mort.

Egalement, Hadil Alhashlamoun, 18 ans, de Hébron, a été tuée au niveau de ce qui est connu comme le « check point 56 », point de passage interdit aux Palestiniens sauf aux résidents du quartier. Les autorités israéliennes ont affirmé que la jeune femme a été tuée après que les soldats aient découvert qu’elle portait une arme et qu’ils lui aient demandé de s’arrêter et de la jeter.  Mais, toujours selon les autorités israéliennes, la jeune femme avait continué de marcher jusqu’à ce que des soldats aient tiré cinq balles au sol ; puis elle avait sorti un couteau. Les soldats ont immédiatement tiré sur elle, dans la poitrine et sur les jambes, selon l’équipe médicale de l’hôpital Shaarey Tzedeq où elle avait été transportée.

Toutefois, des photos prises par un bénévole international, présent lors des faits, confirmées par d’autres témoignages dont celui de Fawwaz Abueisha (de Tal Rmeidah), montrent que la jeune femme ne présentait aucun danger pour les soldats israéliens. Les soldats ont tiré sur sa jambe gauche et lorsqu’elle est tombée, un couteau qu’elle dissimulait est tombé. Alors qu’elle pouvait facilement être arrêtée à ce moment-là, un soldat israélien lui a tiré sur la poitrine, les jambes et l’abdomen à plusieurs reprises.

Une camera de vidéo surveillance a enregistré l’incident mais les autorités ont refusé de la rendre publique, ce qui aurait confirmé le fait que la victime ne présentait aucun danger avant d’être abattue.

De tels actes constituent une violation des principes relatifs à la prévention efficace des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et au moyen d’enquêter efficacement contre ces exécutions, principes ECOSOC qui ont été adoptés par l’Assemblée générale des Nations Unies le 15 décembre 1989. Ces principes affirment également que les armes à feu ne doivent pas être utilisées sauf en cas de la légitime défense ou lorsqu’il y a un danger imminent de mort ou de blessure grave et qu’une intervention pour empêcher un crime ou une fuite est nécessaire. De plus, le Code de conduite pour les responsables de l’application des lois, adopté par l’Assemblée générale, souligne que « les responsables de l'application des lois ne doivent qu'exceptionnellement avoir recours à la force »  en précisant que ces derniers « peuvent être autorisés à recourir à la force, dans la mesure où cela est raisonnablement considéré comme nécessaire vu les circonstances, pour empêcher un crime, ou pour arrêter ou aider à arrêter légalement des délinquants ou des suspects », en ajoutant « il ne peut être recouru à la force au- delà de cette limite ».

 

Un autre incident durant lequel les forces israéliennes ont violé ces principes  a eu lieu le 17 août, lorsqu’un agent israélien de la police des frontières a tué Muhammed Bassam Amshan, 25 ans, de Jenin, alors qu’il traversait le point de passage de Zaatara. Alors que les autorités de police affirment que Muhammed portait un couteau et a tenté d’agresser un soldat israélien, des témoins oculaires ont déclaré ne pas avoir vu d’arme.

Le  jour suivant, les forces israéliennes ont pris d’assaut la maison de Muhammed et ont affirmé être en possession de photos de lui avec un couteau.  Mais, lorsque le père de Muhammed a demandé à voir ces photos, les autorités israéliennes ont refusé.

Egalement, le 23 juillet, les forces israéliennes ont tué Falah Hamdi Zamel Abumaria, un habitant du village Beit Amr, à Hébron, âgé de 53 ans. Les soldats ont envahi sa maison pour arrêter son fils, Muhammed. En voyant les soldats tirer sur son fils, il a été pris de panique et a jeté un pot de fleur depuis le balcon. Les soldats ont répondu en lui tirant trois balles dans la poitrine. Les autorités israéliennes ont affirmé que la famille avait refusé de les laisser prendre leur fils et avait attaqué les soldats.

Toutefois, selon Haidar Abumaria, un autre fils de Falah, les soldats ont frappé et tiré à balles réelles sur son frère dès leur arrivée dans la maison, le blessant grièvement. Puis, Falah a commencé à les chasser de sa maison, leur demandant de sortir. Les soldats lui ont alors tiré dessus et ont ensuite empêché les secours de l’approcher alors qu’il était encore vivant.

Une enquête sérieuse doit être menée conformément aux dispositions des Conventions de Genève et aux principes relatifs à la prévention efficace des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires. Des enquêtes approfondies, rapides et impartiales doivent être menées sur tous les cas présumés d'exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires.  

L’Observatoire Euro-Méditerranéen pour les Droits de l’Homme appelle les autorités israéliennes à ouvrir une enquête impartiale et transparente pour faire la lumière sur ces incidents et poursuivre les coupables. Le fait d’ignorer ces faits graves donnerait l’idée d’impunité à d’autres personnes et démontre un total irrespect pour la vie humaine. Euro-Med appelle également les Etats membres signataires des Conventions de Genève à prendre les mesures concrètes pour faire pression sur Israël afin que cet Etat respecte le droit international et le droit à la vie.