Genève – Des armes illicites et d’origines inconnues se répandent à tort et à travers parmi la population libyenne, avertit l’Observatoire euro-méditerranéen des droits de l'Homme. Après l'agitation populaire qui a éclaté en 2001, l'invasion internationale et le développement conséquent de milices concurrentes, toutes les institutions de sécurité publique se sont effondrées.

   Cette escalade de danger exige une action urgente de la part des autorités centrales en Libye, avec le soutien des Nations Unies, pour trouver et récupérer ces armes   

Yahya Achraf , chercheur à l'observatoire Euro-Med.

« Cette escalade de danger exige une action urgente de la part des autorités centrales en Libye, avec le soutien des Nations Unies, pour trouver et récupérer ces armes, et pour travailler avec les pays voisins à sécuriser leurs frontières pour qu’il n’y en ait plus qui puisse y pénétrer», déclare Yahya Achraf , chercheur à l'observatoire Euro-Med. « Toutefois, cela doit se faire sans empiéter sur les droits civils et humains de ses citoyens et des milliers de migrants qui cherchent refuge. »

Des dizaines de groupes armés vaguement formés se sont créés, la plupart d'entre eux concentrés dans la capitale libyenne de Tripoli. Ce «chaos des armes» tenu par des résidents est la principale source de violence dans le pays et le principal obstacle à la reconstruction de la Libye. Cambriolages, vols, enlèvements (y compris de travailleurs humanitaires), assassinats, et trafics de drogue et d'armes sont à la hausse.

L'observatoire Euro-Med est également préoccupé par le recrutement d'enfants dans les rangs des milices, qui les forment à porter et à utiliser des armes, ainsi que le danger auquel sont confrontées les 350 000 personnes estimées déplacées internes (PDI) et les 270 000 autres réfugiées fuyant pour la plupart le Tchad , l'Egypte et le Niger. Au cours des huit premiers mois de 2016, plus de 2 700 migrants se sont noyés au large des côtes de la Libye et la Garde côtière a identifié 51 passages clandestins transportant 10 986 personnes par bateau.

   Au cours des huit premiers mois de 2016, plus de 2 700 migrants se sont noyés au large des côtes de la Libye   

Ces dynamiques se sont combinées pour créer une crise en Libye dans laquelle environ 1,3 million de personnes souffrent d'insécurité alimentaire, 60 pour cent des hôpitaux et autres établissements médicaux ne sont pas en mesure de fonctionner pleinement et 2,5 millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire.   Simultanément, les travailleurs des ONG, les médias et les défenseurs indépendants des droits de l’Homme ont été pris pour cible avec des assassinats et des enlèvements. Au cours des huit premiers mois de cette année, 150 attaques et violations de la liberté de la presse ont été enregistrées. La Libye est classée 164e dans le monde pour la liberté d'expression.

« La Libye ne peut pas contrôler le chaos par elle-même, et elle ne devrait pas à avoir le faire; après tout, l'intervention armée internationale de 2011 a causé une grande partie de ce chaos », explique Ashraf. « Les organismes des Nations Unies et le Conseil de sécurité doivent travailler avec la Libye pour empêcher la libre circulation des armes dans le pays. »