Les explosions répétées de mines plantées dans et autour des deux villes les plus peuplées de Libye, Tripoli et Syrte, représentent un risque sérieux pour les résidents, a averti Euro-Med.

Dans un bref rapport, Euro-Med a souligné l’influence du groupe de mercenaires russes connu sous le nom de Wagner et des forces alliées sous le commandement du lieutenant Khalifa Haftar. Le groupe a planté un nombre important de mines terrestres à proximité de Syrte et les routes menant au sud et à l’ouest. Même après la fin des combats, les mines causent des blessures et des décès parmi les résidents sans méfiance.

Au cours des derniers mois, ces explosions ont tué ou blessé environ 160 personnes, dont des démineurs, a affirmé Euro-Med.

Le groupe de réflexion a documenté divers types de mines terrestres utilisées. Certains explosent lorsque la pression est exercée sur leurs fils, comme par les pieds des voyageurs (communément appelées mines « antipersonnel »). D’autres travaillent comme catalyseur lorsqu’ils entrent en contact avec des explosifs plus dangereux. Un troisième type est connu sous le nom de mines antichars (véhicules).

Toutes les mines sont reliées à des dispositifs de synchronisation électrique, ce qui permet de les déclencher au moment voulu. Et elles causent toutes la mort ou des invalidités permanentes et catastrophiques.

Depuis avril 2019, deux partis en Libye se sont battus pour la gouvernance du pays. Le parti internationalement reconnu est le gouvernement de réconciliation nationale, dont les forces sont dirigées par Fares al-Srag. L’autre partie comprend des Libyens et des mercenaires de pays comme le Soudan, la Russie et le Tchad.

Syrte est touchée par des mines et des bombes depuis plus de quatre ans. En 2016, avant de se retirer, l’État islamique (Daech) a planté des centaines de mines sous les maisons et sur les routes de la ville. Cela faisait partie d’une opération militaire connue sous le nom de Bataille de Syrte, menée entre Daech et la Force du bouclier de Libye, une autre milice armée.

Le rapport d’Euro-Med documente les déclarations de témoins oculaires sur les mines de Syrte. Ahmed Ibrahim — un pseudonyme, parce qu’il avait peur de révéler son vrai nom — a dit : « Nous avons trouvé beaucoup de mines à l’intérieur de la ville, et j’ai averti tous les résidents que le chemin Naher à l’ouest et le chemin Wadi Jaref au sud sont minés. Il en va de même pour la route al-Rawagha, entre les districts de Siret et de Jufra. »

La Libye compte parmi les pays qui ont le plus d’armes entreposées sans surveillance. Selon les Nations Unies, le stock est estimé entre 150 000 et 200 000 tonnes.

Euro-Med rappelle aux gouvernements que le Droit International, plusieurs conventions de l’ONU et des principes juridiques reconnus interdisent la plantation de mines militaires et considèrent qu’il s’agit d’un crime, qui nécessite une reddition de comptes.

Euro-Med souligne également la Convention sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction (également appelée Convention d’Ottawa de 1997). La convention interdit l’utilisation de mines antipersonnel et demande leur destruction, qu’elles soient entreposées ou plantées.

Euro-Med demande à la Libye d’adhérer officiellement à la convention d’Ottawa de 1997. Il demande également aux Nations unies d’ouvrir une enquête internationale sur l’utilisation des mines terrestres en Libye. Tous les auteurs, y compris les gouvernements et les milices, devraient être tenus criminellement responsables.

Enfin, l’Euro-Med exige que les belligérants se délectent de l’emplacement des mines, leur permettant d’être déminés le plus rapidement possible.

La création d’un fonds pour soutenir le défrichage et le déminage des zones les plus touchées contribuerait grandement à rétablir le calme et à indemniser les victimes.