Genève - Les forces israéliennes ont détruit la nuit dernière des zones résidentielles entières dans le nord de la bande de Gaza, a déclaré l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme. La communauté internationale doit intervenir et faire en sorte qu'Israël soit obligé de mettre fin à son attaque, qui défie les règles du droit humanitaire international.

L'armée de l'air israélienne, tôt vendredi, a lancé environ 450 missiles sur la bande de Gaza. La plupart de ces missiles étaient concentrés dans la zone nord de la bande, dans des zones densément peuplées. L'attaque a tué plusieurs civils et en a blessé des dizaines d'autres, tandis que des dizaines de maisons, de rues et d'institutions civiles ont été détruites.

L'attaque de la nuit dernière a été la plus violente dans l'histoire des attaques de l'armée israélienne sur Gaza, notamment en termes de taille et d'intensité des tirs compte tenu du temps nécessaire à leur mise en œuvre.

Les forces d'artillerie israéliennes, positionnées au sud d'Ashkelon dans le nord de la bande de Gaza, ont participé à la violente campagne de bombardement. Des centaines de missiles ont été tirés vers des zones résidentielles du nord de la bande de Gaza, causant des destructions massives et déplaçant des dizaines de familles.

L'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) s'est jusqu'à présent abstenu de fournir une aide humanitaire aux familles déplacées qui se sont réfugiées dans ses écoles du camp de Jabalia, alors qu'il est de son devoir de fournir immédiatement l'aide nécessaire aux personnes déplacées.

Selon le ministère de la Santé à Gaza, le nombre de Palestiniens tués dans l'attaque militaire israélienne en cours depuis lundi soir, 10 mai 2021, s'élève à 122 Palestiniens, dont 31 enfants, 20 femmes et plus de 900 blessés.

L'utilisation par l'armée israélienne de bombardements violents viole le principe de proportionnalité et de distinction. L'armée utilise également les feux de haute intensité à des fins d'intimidation, de vengeance et de punition collective des civils plutôt que pour des nécessités militaires.

L'horrible campagne de bombardements et le déplacement des civils de leurs maisons rappellent le déplacement massif de plus d'un demi-million de Palestiniens lors de l'opération Bordure protectrice de 2014. Les rapports établis par les experts des droits de l'homme concluaient que ces déplacements constituaient un crime de guerre.

Des immeubles résidentiels et des quartiers entiers ont également été détruits à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza. Les attaques ont notamment consisté à bombarder des maisons appartenant à des résidents du camp d'Al-Bureij, au centre de la bande de Gaza, et de la ville de Khan Yunis, au sud, ce qui a causé la mort de familles entières.

Israël a réutilisé la stratégie adoptée lors des attaques précédentes : cibler délibérément des maisons civiles et anéantir des quartiers résidentiels, sans aucun égard pour les règles du droit humanitaire international. Israël a pu poursuivre ses violations en profitant de l'incapacité du système mondial à lui faire rendre des comptes et en bénéficiant d'un équilibre ouvert d'impunité.

L'article 25 du Règlement de La Haye concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre stipule que "l'attaque ou le bombardement, par quelque moyen que ce soit, de villes, villages, habitations ou bâtiments qui ne sont pas défendus". L'article 53 de la Quatrième Convention de Genève stipule que "Toute destruction par la Puissance occupante de biens mobiliers ou immobiliers [...] est interdite, sauf dans les cas où cette destruction serait rendue absolument nécessaire par les opérations militaires".

La destruction de biens sans justification militaire claire constitue une violation grave de l'article 147 de la Quatrième Convention de Genève et un crime de guerre au sens de l'article 8 (2) (b) (2) du Statut de la Cour pénale internationale.

Le silence de la communauté internationale, y compris la position indécise et négative de l'UE et de ses États membres vis-à-vis de l'enquête de la CPI sur les crimes de guerre dans les territoires occupés, a contribué à l'escalade des violations des droits des Palestiniens par Israël, sans dissuasion.

Les effets de cette position négative se manifestent de multiples façons : le déplacement forcé de Palestiniens de leurs maisons à Sheikh Jarrah ; la construction de nouvelles colonies à Givat Hamatos et Har Homa, qui rendrait effectivement impossible une solution à deux États ; l'imposition de restrictions à l'accès des fidèles musulmans à la mosquée al-Aqsa pendant le Ramadan et l'installation de barrières à la porte de Damas ; ou le maintien du blocus étouffant de Gaza alors que la pandémie ravage la ville.

L'escalade israélienne officielle a encouragé les colons d'extrême droite en Israël à intensifier leurs attaques racistes contre les Palestiniens, leurs fermes et leurs propriétés dans toute la Cisjordanie et à Jérusalem-Est, tandis que le gouvernement israélien n'a pris aucune mesure pour mettre fin à ces attaques croissantes.

Toutes les parties concernées doivent agir de manière décisive pour mettre fin aux attaques israéliennes violentes et disproportionnées contre la bande de Gaza et faire tout leur possible pour mettre fin aux opérations militaires, qui font chaque heure de nouvelles victimes civiles.

La CPI doit assurer le suivi des violations israéliennes en cours dans la bande de Gaza, les inclure dans son enquête en cours sur les violations précédentes et demander des comptes aux dirigeants et soldats israéliens.