Le gouvernement danois a l'intention d'obliger les femmes migrantes à travailler au moins 37 heures par semaine pour continuer de recevoir des prestations sociales, prétendument "pour les aider à s'assimiler dans la société,” mais qui en réalité répand des idées erronées et discriminatoires sur les réfugiés et transforme les droits en privilèges qu'il faut gagner et mériter, a averti jeudi Euro-Med Monitor.

 

Bien que le projet de loi doive encore être approuvé par le Parlement, le Premier ministre social-démocrate du pays, Mette Frederiksen, a déjà clairement exposé ses conditions.

 

L'obligation sera imposée aux personnes qui vivent des allocations depuis trois ou quatre ans et qui n'ont pas atteint un certain niveau de maîtrise du danois. La ministre Frederiksen a déclaré que ces règles visaient particulièrement les "femmes d'origine non occidentale" car, selon le gouvernement, 6 personnes sur 10 originaires du Moyen-Orient, d'Afrique du Nord et de Turquiene travaillent pas. "C'est fondamentalement un problème lorsque nous avons une économie si forte, où la communauté des affaires demande de la main-d'œuvre, que nous avons ensuite un grand groupe, principalement des femmes d'origine non occidentale, qui ne font pas partie du marché du travail,” a-t-elle ajouté.

 

Les heures de travail seront au minimum de 37 heures par semaine et, en ce qui concerne les fonctions, la ministre de l'emploi, Hummelgaard, a déclaré: "Il peut s'agir d'un travail sur la plage consistant à ramasser des mégots de cigarettes ou du plastique ou à aider à résoudre diverses tâches au sein d'une entreprise.”

 

Le Premier ministre danois a déclaré vouloir introduire "une nouvelle logique de travail où les gens ont le devoir de contribuer et d'être utiles, et s'ils ne peuvent pas trouver un emploi régulier, ils doivent travailler pour leur allocation,” car "pendant trop d'années, nous avons rendu un mauvais service à beaucoup de gens en ne leur demandant rien.”

 

Au cours des dernières années, le Danemark a de plus en plus durci ses politiques d'immigration et dispose désormais de certaines des règles les plus strictes d'Europe, visant à avoir "zéro demande d'asile.” L'objectif n'est pas si éloigné puisqu'en 2020, il a reçu 1 475 demandes d'asile, soit 45 % de moins que l'année précédente, et cette année, jusqu'à la fin juillet, seulement 851.

 

Pourtant, cette proposition semble imprégnée d'erreurs de jugement et de discrimination, même pour un pays qui a un passé migratoire aussi difficile. L'inclusion des migrants et des réfugiés dans le marché du travail du pays d'accueil est sûrement fondamentale pour favoriser leur intégration, mais cela doit impliquer le respect de leurs expériences, de leurs compétences et de leur potentiel.

 

"Cette proposition répand l'idée que l'asile et l'accueil, ainsi que les prestations sociales, sont des faveurs accordées par le pays d'accueil plutôt que des droits légitimes,” a déclaré Michela Pugliese, chercheuse en matière de migration et d'asile à l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme, "Elle donne également l'impression que les femmes migrantes ne veulent pas s'intégrer ou travailler, alors que beaucoup sont continuellement à la recherche d'un emploi et sont continuellement rejetées. Les autorités danoises ont essentiellement l'intention de créer de petits emplois à temps plein expressément pour ces femmes et de les payer avec les prestations sociales qu'elles devraient recevoir de toute façon et la simple autosatisfaction de "se sentir intégrées,” mais pas assez pour occuper les emplois des Danois.”

 

L'Observatoire Euro-Med des droits de l'homme appelle le Danemark à s'attaquer aux limitations de l'accès pratique des demandeurs d'asile et des réfugiés à un travail décent et aux raisons qui rendent les travailleurs migrants, en particulier les femmes, peu attrayants pour les employeurs danois; à prendre en compte les différentes barrières qui empêchent la pleine participation et l'inclusion des migrants dans sa société; à observer et à respecter le plan d'action de l'UE pour l'intégration et l'inclusion 2021-2027, qui encourage les États membres à "sensibiliser à la discrimination dans le processus de recrutement et sur le lieu de travail et à renforcer les mesures de lutte contre la discrimination,” à "associer les migrants à la conception, à la mise en œuvre et à l'évaluation des politiques et programmes d'intégration et d'inclusion" et à "promouvoir les échanges [entre les migrants et la société d'accueil] par le biais du bénévolat, du sport, de l'éducation non formelle, de la jeunesse et des activités culturelles.”