Genève - L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme et Reporters Sans Frontières ont lancé mercredi une campagne médiatique demandant à Israël de mettre fin aux restrictions imposées aux journalistes palestiniens arbitrairement interdits de voyage pour leur travail.

La campagne a été lancée en arabe et en anglais avec la participation de la plateforme médiatique d'Euro-Med Monitor, HuMedia, et du projet d'Euro-Med Monitor We Are Not Numbers.

Des militants des droits de l'homme et des médias internationaux ont participé à la campagne en utilisant le hashtag #LetMajdoleenOut pour défendre le droit des journalistes palestiniens à la liberté de mouvement et de voyage.

Euro-Med Monitor et Reporters sans frontières ont publié une déclaration commune au début du mois, condamnant les restrictions israéliennes imposées aux journalistes palestiniens comme une punition pour leur travail.

Les autorités israéliennes imposent des restrictions illégales et injustifiées à la circulation et aux déplacements des journalistes palestiniens dans les territoires palestiniens et les punissent pour leur travail journalistique, en violation des responsabilités d'Israël en vertu du droit international.

Le chantage exercé sur les journalistes palestiniens concernant leur droit à la liberté de mouvement et de voyage constitue un recul des libertés d'expression et du travail journalistique dans les territoires palestiniens qui porte atteinte au droit du peuple à connaître la vérité.

La campagne s'est concentrée sur le cas de la journaliste Majdoleen Hassouna, lauréate du Prix de l'indépendance 2021 de Reporters sans frontières, qui demande la levée de l'interdiction de voyager qui pèse sur elle et ses collègues journalistes palestiniens.

En vertu de cette interdiction, les autorités israéliennes empêchent Hassouna de quitter le pays pour récupérer son prix en personne ou même de retourner en Turquie, où elle séjournait avant de se retrouver bloquée dans les territoires palestiniens, contrôlés par Israël.

Le 29 novembre, Euro-Med Monitor a publié un rapport intitulé " Journalistes sanctionnés : Restrictions d'Israël à la liberté du mouvement ". Le rapport documente le chantage exercé par les services de renseignement israéliens et le Service général de sécurité israélien (Shin Bet) sur les journalistes palestiniens concernant leur droit à la liberté de mouvement.

Plusieurs journalistes ont déclaré à Euro-Med Monitor que des officiers israéliens leur ont dit que l'interdiction de voyager ne pouvait être levée que s'ils travaillaient pour Israël ou coopéraient avec lui en fournissant des informations de sécurité sur les Palestiniens.

Le nombre de journalistes concernés par cette mesure privative de liberté a dépassé la vingtaine, selon les informations obtenues par Reporters sans frontières.

Les journalistes palestiniens sont soumis à des agressions physiques et psychologiques, notamment des passages à tabac, des détentions, des violations de domicile et des menaces de poursuites s'ils refusent les offres des autorités israéliennes de renoncer à leur travail journalistique.

Parfois, les services de renseignements israéliens ont recours à la "confidentialité des affaires" pour dissimuler les véritables raisons des interdictions, d'une part, et pour maintenir ces restrictions en place indéfiniment, d'autre part.

Priver les journalistes palestiniens du droit de circuler affecte leurs autres droits. En entravant leur travail à l'intérieur et à l'extérieur des territoires palestiniens et en les empêchant de se rendre dans différentes régions et villes pour exercer leur métier, ces interdictions limitent les possibilités des journalistes et portent atteinte à leur droit de gagner leur vie. En outre, les journalistes qui ont besoin de types de traitements médicaux qui ne sont pas disponibles dans les territoires palestiniens se retrouvent piégés, car ils ne peuvent pas se déplacer dans d'autres villes ou pays pour recevoir les soins de santé nécessaires.

En outre, ces restrictions affectent le droit à l'éducation des journalistes palestiniens, puisqu'ils ne peuvent pas quitter le pays pour étudier à l'étranger, et ceux qui sont interdits de voyage sont contraints de renoncer à des bourses d'études et à d'autres opportunités en raison de l'interdiction qui leur est imposée.

Les interdictions de voyager privent également les journalistes de leur droit d'exprimer leur opinion, car les autorités israéliennes les obligent à garder le silence sur les violations des droits de l'homme en échange de leur permettre de jouir de leurs autres droits.

Certains journalistes se voient refuser le droit de fonder une famille ou le regroupement familial, comme Hassouna, qui ne peut pas se rendre auprès de son mari.