Le 12 janvier, le ministre des Affaires civiles de l'Autorité palestinienne, Hussain Al-Shaikh, a annoncé avec jubilation une "victoire" de la diplomatie palestinienne et le fruit essentiel de la rencontre controversée du président de l'AP le mois dernier avec le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz. La nouvelle concerne un nouveau lot de 1 000 cartes d'identité nationales palestiniennes qui a été accordé par Israël, principalement à des personnes qui vivent à Gaza depuis des années sans papiers officiels, parce qu'Israël avait refusé de les ajouter au registre de la population.

   Des milliers de Palestiniens de la diaspora qui sont retournés à Gaza pour retrouver leur famille et quelques centaines de détenteurs de cartes d'identité gazaouies qui se sont réinstallés en Cisjordanie sont aux yeux d'Israël des "étrangers illégaux"   

Muhammed Shehada, chef des programmes et de la communication à Euro-Med Monitor

Cette annonce fait suite à une annonce antérieure de fin décembre par Al-Shaikh, dans laquelle il indiquait que, sur la base du regroupement familial, Israël allait progressivement accorder à 10 000 Palestiniens le droit de résider légalement dans des parties désignées des territoires occupés où ils vivaient déjà depuis des années.

La conclusion la plus significative de ces annonces n'est pas qu'un occupant belliqueux accorde de temps en temps des miettes de pitié à la population occupée. C'est plutôt la révélation flagrante de la profondeur de l'occupation israélienne dans tous les aspects de la vie des Palestiniens, même à Gaza où Israël prétend s'être retiré en 2006.

La question la plus pressante qui se pose ici est la suivante : comment se fait-il qu'Israël puisse décider quels Palestiniens sont inclus ou exclus du propre registre de population de l'AP pour Gaza et la Cisjordanie ?

Selon les accords d'Oslo de 1993, l'AP a l'entière responsabilité de gérer le registre de la population et de fournir des services aux Palestiniens dans les territoires occupés. Ces activités doivent toutefois être coordonnées avec le coordinateur israélien des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), qui est le dirigeant de facto des territoires occupés.

Pour qu'un passeport, une carte d'identité ou un certificat de naissance palestinien soit reconnu au niveau international et par Israël, son titulaire doit être enregistré à la fois au ministère de l'Intérieur de l'AP et au bureau d'enregistrement de la population du COGAT. Ce dernier détient le pouvoir ultime de rejeter ou d'annuler l'inscription de tout nom dans le registre ou de modifier les détails qui lui sont associés.

Chaque carte d'identité palestinienne indique si son titulaire appartient à Gaza ou à la Cisjordanie. L'Autorité palestinienne ne peut pas modifier le canton désigné par Israël pour un Palestinien, et elle ne peut ajouter aucun des quelque six millions de réfugiés palestiniens de la diaspora à son registre de population s'ils tentent de retourner dans les territoires sous son contrôle nominal. Seul Israël détient exclusivement ces pouvoirs.

Des milliers de Palestiniens de la diaspora qui sont retournés à Gaza pour retrouver leur famille et quelques centaines de détenteurs de cartes d'identité gazaouies qui se sont réinstallés en Cisjordanie sont aux yeux d'Israël des "étrangers illégaux".

Les Palestiniens qui n'ont pas de carte d'identité nationale approuvée par Israël ne peuvent pas voyager, ouvrir des comptes bancaires, se faire soigner en Cisjordanie, s'inscrire à une assurance etc., car Israël ne reconnaît pas leur simple existence.

Muthna Al-Najjar, un journaliste bien connu basé à Gaza, est l'un des 3 200 Palestiniens qui ont finalement reçu une carte d'identité d'Israël en décembre dernier. Il était bloqué dans cette situation depuis près de 26 ans, depuis le retour de sa famille à Gaza en 1995. Il n'a pas pu sortir de Gaza une seule fois pendant son attente angoissante pour obtenir le droit le plus élémentaire d'appartenir à l'endroit où il vit. Submergé de joie, Muthana a organisé une fête ouverte dans la rue pour célébrer la perte d'une des nombreuses chaînes d'oppression autour de son cou.

Les détenteurs de cartes d'identité palestiniennes sont classés en trois catégories et se voient accorder ou refuser des droits en conséquence. Les habitants de Jérusalem reçoivent des cartes d'identité bleues qui leur permettent d'accéder à Israël. Les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, en revanche, reçoivent des cartes vertes qui indiquent la religion et le canton de résidence du titulaire.

Le titulaire d'une carte d'identité gazaouie ne peut pas se déplacer ni travailler en Cisjordanie ou à Jérusalem, et doit obtenir un permis de sécurité israélien pour être autorisé à se rendre dans l'un ou l'autre de ces territoires pour des raisons strictement humanitaires (par exemple, pour recevoir un traitement médical).

L'ordre militaire israélien n° 1650 sur la prévention de l'infiltration autorise l'arrestation, la déportation ou l'emprisonnement pendant 7 ans de toute personne présente en Cisjordanie sans le permis approprié, même si elle est née en Cisjordanie ou a déménagé légalement de Gaza.

Le gouvernement israélien est commodément beaucoup plus indulgent avec la relocalisation permanente des Palestiniens vers le bas, dans le ghetto de Gaza, que vers le haut, en Cisjordanie ou à Jérusalem.

Israël a même puni les Palestiniens à de multiples reprises en abaissant leur statut à celui de citoyen de Gaza et en les expulsant vers l'enclave assiégée. Au cours de la deuxième intifada, Israël a banni définitivement 26 militants palestiniens de Bethléem vers Gaza, connus sous le nom d'"Exilés de l'église de la Nativité." De même, lors de l'échange de prisonniers de 2011 avec le Hamas, Israël a banni de manière punitive 131 prisonniers palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem vers Gaza.

Ce qui est encore plus inquiétant, c'est qu'un Palestinien ne peut jamais s'affranchir des catégorisations inhumaines d'Israël. Si, par exemple, un Gazaoui émigre, obtient une nouvelle citoyenneté (allemande, par exemple), renonce à la citoyenneté palestinienne et tente de se rendre en Cisjordanie ou à Jérusalem avec un passeport allemand, Israël ne l'y autorisera pas. Ils seraient toujours traités par Israël comme des Gazaouis soumis aux mêmes restrictions.

Si un citoyen britannique ou américain dont un parent est originaire de Gaza tente d'entrer en Cisjordanie ou à Jérusalem à l'aide d'un passeport britannique ou américain, Israël pourrait lui refuser l'entrée et le soumettre aux mêmes restrictions que les Gazaouis, car "les personnes dont on pense qu'elles ont droit à une carte d'identité de l'Autorité palestinienne en vertu de leur ascendance seront traitées, à des fins d'immigration, comme des résidents de Cisjordanie et de Gaza", comme l'indique le rapport américain.

Ce système cruel de discrimination et de contrôle tyrannique n'est qu'une des nombreuses couches d'oppression qui rendent la vie des Palestiniens impossible. En effet, il persiste tant que dure l'occupation, quelles que soient les miettes de miséricorde que le gouvernement israélien jette occasionnellement aux Palestiniens pour donner l'image d'un dirigeant bienveillant ou généreux.

Une seule solution peut libérer les Palestiniens de ce siège : les droits et la citoyenneté à part entière, dans un ou deux États.