Genève - Les forces de sécurité tunisiennes ont renforcé leur contrôle sur le travail journalistique dans le pays, et les journalistes craignent plus que jamais d'être soumis à des mesures arbitraires dans le cadre de leur travail journalistique légitime, a déclaré l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme.

Euro-Med Monitor a révélé qu'il a reçu des plaintes et des informations de la part de journalistes tunisiens sur le risque d'être pris pour cible par les forces de sécurité en raison de leur couverture ou de leur travail dans des médias couvrant les développements de la crise politique dans le pays, en particulier ceux qui abordent des opinions opposées à la politique du Président Kais Saied.

   Il est regrettable d'avoir eu recours à des méthodes que la Tunisie avait, pensait-on, contournées   

Ramy Abdu, Président d'Euro-Med Monitor

Euro-Med Monitor a indiqué que ces menaces sont survenues après que certains médias locaux aient couvert la session virtuelle tenue par le Parlement tunisien hier, au cours de laquelle ce dernier a voté l'annulation des mesures exceptionnelles imposées par le Président Kais Saied en juillet de l'année dernière.

Les menaces reçues par les journalistes sont survenues quelques heures après que le président tunisien a publiquement critiqué les médias qui ont rapporté la session du parlement, faisant apparemment référence à une décision officielle des plus hauts niveaux d'imposer des restrictions à la liberté du travail journalistique dans le pays pour des raisons illégales.

De son côté, la rédactrice en chef de "Bawabat Tunisia", la journaliste Wejdan Bouabdallah, a déclaré à l'équipe d'Euro-Med Monitor : "Depuis le 25 juillet 2021, nous recevons explicitement des menaces, que ce soit sur nos comptes personnels à travers les plateformes des réseaux sociaux, ou les menaces reçues par notre personnel pendant leur travail sur le terrain, et malgré le fait qu'il porte clairement le badge de presse et couvre les rassemblements des partisans du président tunisien, nous sommes constamment harcelés".

Elle a ajouté : "Nous n'avons commis aucun crime en couvrant la session du Parlement. Je tiens Kais Saied responsable de la sécurité de mon équipe de journalistes à Bawabat Tunisia, et de tous les journalistes et correspondants étrangers dans le pays. Nous publions des opinions différentes, et nous travaillons légalement selon les exigences de la constitution tunisienne. Le président Said et toutes autres autorités officielles restreignent notre travail et nous sanctionnent à cause de ce que nous publions."

"Sans exagération, le secteur de la presse a été le plus touché ces derniers mois en Tunisie. Tous les acquis réalisés après la révolution - fruits de la lutte de plusieurs générations - se sont étiolés. Les conditions sont devenues inadaptées au travail journalistique, surtout après le coup de gueule du président de la République hier à l'égard des médias."

L'Observatoire Euro-Méditerranéen souligne que la constitution tunisienne garantit clairement la liberté des médias et de publication, puisque son chapitre 31 stipule que "la liberté d'opinion, de pensée, d'expression, des médias et de publication est garantie." Et qu'"il n'est pas permis d'exercer une censure préalable sur ces libertés."

Le président de l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme, Ramy Abdu, a déclaré : "Il est regrettable d'avoir eu recours à des méthodes que la Tunisie avait, pensait-on, contournées. Nous exprimons notre entière solidarité avec tous les journalistes et organes de presse visés par des campagnes d'incitation et de menaces, simplement parce qu'ils accomplissent leur devoir de transmettre la vérité."

Euro-Med Monitor appelle le président tunisien Kais Saied à cesser ses incitations contre les médias, et le tient pour responsable de toute attaque contre la sécurité des journalistes en Tunisie, soulignant que l'état de tension actuel représente un environnement fertile pour une attaque contre les libertés et un gaspillage des droits garantis par la constitution tunisienne.

Euro-Med Monitor a documenté une forte détérioration des libertés en Tunisie depuis que le Président Kais Saied a annoncé ses mesures exceptionnelles l'année dernière. Saied a émis un certain nombre de décrets et de décisions qui ont affecté l'indépendance du pouvoir judiciaire, presque aboli l'autorité législative, et concentré tous les pouvoirs entre ses mains.

Or, hier soir, "Saied" a émis une décision de dissoudre la Chambre des représentants tunisienne, dans une escalade dangereuse qui rendrait encore plus complexe la crise en cours depuis l'annonce des mesures présidentielles exceptionnelles.