Genève - L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a fermement condamné le meurtre d'au moins 18 migrants et demandeurs d'asile et la blessure de dizaines d'autres, suite à l'usage excessif de la force par les forces de sécurité marocaines alors qu'ils tentaient de traverser dans l'enclave de Melilla.

Dans un communiqué de presse samedi, Euro-Med Monitor a déclaré qu'il suivait avec une forte déception les refoulements violents effectués par les forces de sécurité marocaines contre des centaines de migrants et de demandeurs d'asile africains alors qu'ils tentaient, vendredi matin, de passer à Melilla par la frontière avec l'Espagne.

Euro-Med Monitor ajoute que des centaines de migrants et de demandeurs d'asile ont essayé vendredi matin de traverser à Melilla, et certains d'entre eux ont réussi à contourner les points de contrôle et à atteindre la zone, mais les forces de sécurité marocaines sont intervenues violemment pour empêcher d'autres migrants de traverser, ce qui a conduit à des affrontements entre les deux parties. Selon les autorités marocaines, au moins 5 d'entre eux sont morts sur le coup, alors que des rapports indiquent que le nombre de morts s'élève à plus de 18, en plus des blessures de certains policiers. Le nombre de morts parmi les migrants et les demandeurs d'asile continue d'augmenter en raison de la présence de blessures graves, et de la non-assistance médicale des autorités à leur égard.

   La politique des autorités marocaines dans le traitement sécuritaire du dossier migratoire, notamment dans les zones frontalières, est toujours ponctuée de graves violations des droits de l'homme, en raison de l'absence de prise en compte des droits fondamentaux des migrants et de leur dignité humaine   

Euro-Med Monitor a visionné des photos et des vidéos qui montrent la sécurité marocaine détenant des centaines de migrants et de demandeurs d'asile d'une manière humiliante et inhumaine. Ces derniers ont été entassés dans de petits espaces par terre après les avoir agressés, tandis qu'aucune assistance médicale n'a été fournie à de nombreux blessés, un comportement qui pourrait avoir contribué au nombre élevé de décès.

Les images illustrent le traitement inhumain des forces de sécurité marocaines avec les corps des migrants gisant sur le sol, d'une manière qui porte atteinte à la dignité des morts et qui viole les obligations légales et morales des responsables de l'application des lois.

La plupart des migrants et des demandeurs d'asile qui ont tenté d'entrer à Melilla sont originaires du Soudan et des pays subsahariens, dont les conditions de pauvreté et de conflit les poussent généralement à risquer leur vie et à emprunter des routes dangereuses pour tenter de rejoindre l'Europe.

De son côté, une source sécuritaire marocaine a déclaré que les victimes ont succombé à une bousculade et sont tombées de la clôture en fer qui sépare l'enclave espagnole du territoire marocain, accusant les migrants d'avoir utilisé des moyens très violents lors de leur tentative de pénétration dans l'enclave.

L'Observatoire Euro-Méditerranéen a indiqué que le traitement sécuritaire violent des migrants par le Maroc fait partie de la coordination avec les autorités espagnoles, puisque les deux parties se concentrent sur la prévention du mouvement des migrants et traitent la migration comme une question de sécurité sans pour autant se soucier des normes humanitaires et des obligations morales dans ce contexte.

La politique des autorités marocaines dans le traitement sécuritaire du dossier migratoire, notamment dans les zones frontalières, est toujours ponctuée de graves violations des droits de l'homme, en raison de l'absence de prise en compte des droits fondamentaux des migrants et de leur dignité humaine.

L'incident représente une nouvelle forme de souffrance pour les migrants et les demandeurs d'asile qui tentent de rejoindre l'Europe en passant par le Maroc, puisque les autorités poursuivent leurs politiques arbitraires à leur encontre en violation d'un ensemble de lois et d'accords internationaux pertinents.

L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a réclamé une enquête urgente et indépendante sur l'incident, prévoyant notamment de retarder l'enterrement des victimes et de présenter les corps aux autorités médicales compétentes afin de déterminer les causes exactes de leurs décès, et de tenir responsables toutes les personnes impliquées dans le recours à la violence contre les migrants et les demandeurs d'asile et leur traitement inhumain.

L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a appelé les autorités marocaines à reconsidérer leurs politiques abusives à l'encontre des migrants et des demandeurs d'asile, et à se conformer aux règles du Droit International et aux Chartes des Droits de l'Homme pertinentes, y compris la Convention sur les Réfugiés de 1951 et son protocole de 1967, et la Convention contre la torture et autres formes de traitements ou de punitions cruels, inhumains ou dégradants. Le Maroc est signataire de la Convention de 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que de la Constitution marocaine de 2011, qui garantit la protection du droit à la vie et à l'intégrité physique de toutes les personnes, y compris les citoyens et les immigrants.