À l'approche de la Journée internationale des réfugiés, les rapports des organisations internationales et l’attention des médias se concentrent sur les personnes fuyant la Syrie, le Myanmar et d'autres questions d’actualité brulantes. Cependant, bien que ces faits soient en effet des urgences indiscutables, il y a peu - voire pas du tout - d’attention ou d’information sur les cinq millions de Palestiniens qui vivent dans un état de désarroi perpétuel dans les territoires occupés ou qui sont réfugiés ailleurs.

"Cet entreposage d’êtres humains, le plus long de l’histoire, qui dure depuis plus de 60 ans, est une parodie morale et il est temps d’y mettre un terme», affirme un nouveau rapport de l’Observatoire Euro-méditerranéen pour les droits de l'Homme (Euro-Med) dont la publication est prévue la semaine prochaine.

L'organisme chargé d'assister les Palestiniens déplacés, l'Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA), a annoncé ce mois-ci qu'il est confronté à un déficit financier de 100 millions de dollars pour les activités essentielles telles que les écoles pour un demi-million d'enfants. En conséquence, les allocations pour l’aide au logement, par exemple, sont suspendues, bien que cette aide de l'UNRWA soit désespérément une source de revenus pour de nombreux réfugiés palestiniens. Des manifestations ont éclaté à la fois dans la bande de Gaza et au Liban où environ 300.000 Palestiniens vivent.

Le rapport d’Euro-Med, intitulé "le tsunami de réfugiés," se concentre sur le Liban qui est, selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le pays où il a le plus grand nombre de réfugiés pour 1000 habitants (257 - loin devant la Jordanie, qui est à 114). Il est le pays d’accueil de la plus ancienne et de la plus grande population de ce que l'agence appelle les réfugiés «prolongés» (une population de plus de 25.000 exilés de leur pays d'origine depuis plus de cinq ans).

Le lieu où se sont retrouvés les Palestiniens après la Nakba de 1948 (déplacement faisant suite à la création d'Israël) a eu un impact important sur leur bien-être et celui de leurs descendants des années plus tard. Comparé aux autres réfugiés palestiniens vivant ailleurs, les réfugiés palestiniens du Liban connaissent une plus grande exclusion politique, économique et sociale. Plus de la moitié des réfugiés palestiniens vivant au Liban vivent dans des camps surpeuplés et mal entretenus, le reste vit dans 27 "rassemblements". Ils ne sont pas autorisés à posséder des biens, subissent de nombreuses restrictions et sont soumis à des normes sociales qui limitent sérieusement leur accès à l'école, au travail et aux soins. Ces restrictions constituent une violation flagrante du droit international, notamment le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, la Convention internationale sur l'élimination de la discrimination raciale et la Convention sur les droits de l'Enfant - tous signés par le Liban.

La résolution 194  de l’Assemblée générale des NU énonce que les réfugiés qui désirent rentrer dans leurs foyers et vivre en paix devraient être autorisés à le faire le plus tôt possible, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé. Dans son rapport, Euro-Med appelle l'ONU et ses états membres à enfin honorer cette résolution, à demander à Israël d’offrir une réponse juste et, le cas échéant, à lui imposer des sanctions.

Parallèlement, les Palestiniens au Liban doivent jouir des droits fondamentaux, ajoute Euro-Med. La procédure de Tawteen - la naturalisation des Palestiniens au Liban - a été explicitement interdite par la Constitution libanaise depuis l'Accord de Taëf de 1989. Cependant, les groupes palestiniens reconnaissent quasi unanimement qu'ils renonceraient à la citoyenneté, en échange des droits civils tels que la liberté de travailler dans tous les secteurs et le droit d'être traité et payé au même titre que les employés libanais.

Les enquêtes menées par l’Organisation internationale du travail estiment que les réfugiés palestiniens au Liban contribuent à hauteur de plus de 300 millions de dollars par an à l'économie libanaise, particulièrement dans les zones rurales, où ils vivent pour la plupart. Ceci malgré les restrictions rigoureuses qui limitent leur potentiel.

"Il est temps pour la communauté internationale d'offrir au gouvernement du Liban le soutien dont il a besoin pour faire ce qui est moralement juste: permettre aux Palestiniens de vivre pleinement et dignement, en attendant d’obtenir le statut qu'ils méritent dans leur mère patrie" conclut le rapport.