Genève - Les vidéos montrant la torture de détenus dans les prisons libanaises doivent servir comme un sérieux signal d’alarme pour les autorités libanaises, affirment les représentants de l’Observatoire Euro-Med pour les droits de l'homme, une organisation à but non lucratif basée à Genève qui défend les droits de l’Homme dans la région MENA.

"Nous saluons la nouvelle selon laquelle cinq membres des forces de sécurité libanaises ont été déférés devant un tribunal militaire et le fait que Ministre de la Justice Ashrif Rifi ait dénoncé le drame, mais cela ne suffit pas," dit Ihsan Adel, conseiller juridique pour Euro-Med. "Une enquête approfondie doit être menée pour démontrer s’il s’agit d’une pratique répandue, et ensuite des mesures pour éradiquer ce fléau doivent être prises, y compris contre l'acquiescement tacite venant d’en haut."

Deux vidéos - susceptibles d’avoir été enregistrées en avril - ont été divulguées sur les médias sociaux, montrant des détenus qui étaient battus alors qu’ils étaient enchaînés ou allongés nu sur le sol dans Romía, la plus grande prison au Liban, initialement conçue pour 400 détenus et qui en accueille près de 1500 actuellement.

"Les agents de sécurité de la prison de Romía enfreignent clairement les normes minimales de traitement humain des détenus», explique Adel. "D'autres informations indiquent qu'un prisonnier a perdu un œil après avoir été torturé. Un autre a été forcé de violer un codétenu. Même les familles des prisonniers auraient été traitées de manière agressive lors des visites à leurs proches en prison. Il semble que, contrairement aux démentis précédents du Ministre de l'Intérieur, les traitements inhumains sont très répandus, avec notamment un centre de torture dans le Ministère de la Défense et un autre à la Direction générale de la sécurité générale ».

Le plus récent rapport du Comité contre la torture des Nations unies a conclu que l'appareil de sécurité libanais "utilise systématiquement la torture." Pourtant, le gouvernement du Liban a ratifié la Convention contre la torture, qui - comme le code de justice libanais lui-même (en particulier l'article 401) - oblige à prévenir la torture et à punir les auteurs.