Genève – Rien que la semaine dernière, au moins 22 civils de la ville yéménite de Taïz ont été délibérément ciblés et tués par des milices fidèles au clan Houthi et à l'ancien président en exil Ali Abdallah Saleh. Depuis cinq semaines, les milices imposent un blocus paralysant sur la ville.

Les collaborateurs de l’Observatoire Euro-Med pour les droits de l'Homme ont relevé que, rien que pour la  journée du 21 octobre, les milices ont frappé de nombreux quartiers avec des roquettes Katyusha, tuant 14 civils, dont trois enfants, et blessant 74 autres.  D'autres sources locales ont dénombré 20 morts et 90 blessés. Les blessés souffrent de brûlures graves et de profondes lacérations dues à des éclats d'obus et des détonations. Ainsi, étant donné la pénurie de matériel médical et de médicaments due au blocus, il est fort probable que le nombre de morts augmente.

L’équipe d’Euro-Med a recueilli des témoignages selon lesquels huit roquettes Katyusha ont visé des marchés et des quartiers résidentiels dans le centre de Taïz. Par exemple, un témoin a expliqué  qu’une fusée avait atterri juste en face de la clinique Al-Motahideen dans le quartier Al-Dabou'a et a tué Majed Abdulkhaleq Abdulmajid, alors qu’il passait par là. Cet attentat a été suivi par un autre dans la même zone qui a tué Amjad Marwan Abdullah, âgé de 10 ans. Des dizaines d'autres habitants du quartier ont été blessés.

Des administrateurs de trois hôpitaux locaux qui ont réceptionné les morts ont expliqué qu'il y avait tellement de corps que, pour les stocker, ils avaient dû recourir à des réfrigérateurs normalement utilisés pour les aliments. Ils ont également confirmé que toutes les victimes étaient des civils, plus précisément des marchants et des piétons.

"La chaine télévisée locale Houthi, Al-Maseera, rapporte que seuls des cibles saoudiennes et des mercenaires de l’EI ont été visés, mais ce n’est clairement pas le cas", a déclaré Ihsan Adel, conseiller juridique d’Euro-Med.

Il a ajouté que "après avoir inspecté la zone et entendu des témoins, il semble que le bombardement provenait de Huban, à l'est de Taïz, une région contrôlée par les milices Houthies affiliées à Ali Abdallah Saleh. Donc, il s’agit clairement d’une bataille pour le contrôle de la région, exposant les populations civiles innocentes à de graves risques. "

   65 des 92 centres hospitaliers et deux tiers des pharmacies ont dû complètement arrêter de fonctionner   

Ihsan Adel, conseiller juridique d’Euro-Med

Euro-Med avertit que prendre les civils pour cible est une violation du droit international, particulièrement lorsque sont utilisées des roquettes Katyusha, roquettes dont on ne peut déterminer l’objectif avec précision.  Ces armes ne permettent pas de distinguer entre les civils et les combattants et leur utilisation est un crime de guerre tel que défini par le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

Euro-Med appelle la Communauté internationale à immédiatement redoubler d’effort pour mettre fin au siège imposé sur la ville par les forces houthies qui empêche l'entrée de la nourriture et du matériel médical. L’eau potable et le gaz sont également bloqués. Par ailleurs, les combattants houthis ont enlevé un certain nombre de personnels humanitaires qui tentaient de faire passer des marchandises.

"La ville de Taïz se dirige vers une catastrophe humanitaire, dans la mesure où 65 des 92 centres hospitaliers et deux tiers des pharmacies ont dû complètement arrêter de fonctionner", synthétise Ihsan Adel. "Un couloir humanitaire sécurisé pour l’acheminement des fournitures d'urgence doit être mis en place en parallèle des négociations qui ont lieu afin de lever le siège sur la ville et des poursuites doivent être engagées contre les auteurs de ces actes terroristes."